PALERME ET MONREALE 

Architecture arabo-normande, rues animées et mosaïques

Palerme n'est pas un modèle d'homogénéité, bien au contraire. La ville mélange les époques et les influences, avec parfois des changements d'ambiance en quelques rues. On passe d'une grande place monumentale à une rue beaucoup plus ordinaire, d'une façade très travaillée à un bâtiment délabré.

C'est surtout son architecture arabo-normande qui nous a marqués, et en particulier sa cathédrale, dont l'extérieur reste pour moi l'un des plus beaux bâtiments découverts au cours de nos voyages en Italie.

À quelques kilomètres seulement, Monreale offre encore autre chose. Ici, c'est l'intérieur de la cathédrale qui impressionne, avec ses mosaïques dorées, mais aussi son cloître, lumineux et raffiné.

PALERME, UNE VILLE À DÉCOUVRIR EN SE BALADANT

De la Piazza Pretoria aux Quattro Canti

Le centre de Palerme se prête particulièrement bien à la marche. Autour de la Piazza Pretoria, aussi appelée Piazza Vergogna (Place de la Honte), probablement en raison des statues qui s’y trouvent dans leur plus simple appareil, mais aussi à cause de la corruption de l'administration locale, les monuments sont tellement rapprochés qu'il suffit de passer d'une place à l'autre pour changer complètement de décor.

La monumentale Fontana Pretoria occupe presque tout l'espace de la place. Quelques pas suffisent ensuite pour rejoindre Piazza Bellini, où les coupoles rouges de San Cataldo rappellent immédiatement les influences arabes présentes dans l'architecture sicilienne.

Un peu plus loin, les Quattro Canti marquent le croisement entre la Via Maqueda et le Corso Vittorio Emanuele. Plus que les détails des statues et des fontaines, c'est la mise en scène de ce carrefour qui est intéressante : quatre façades presque symétriques encadrent la circulation et ferment complètement la perspective.

Fontana Pretoria - Quattro Canti

La cathédrale de Palerme : mon coup de coeur

Sur la Piazza del Duomo, la cathédrale de Palerme est sans doute le bâtiment qui m'a le plus impressionnée au cours de nos voyages en Italie. Et c'est avant tout son architecture extérieure qui explique ce coup de cœur.

Ce qui frappe d'abord, c'est sa silhouette. La cathédrale ne ressemble pas à une église traditionnelle. Avec ses tours, ses créneaux, ses arcades et ses volumes qui s'imbriquent les uns dans les autres, elle évoque par endroits une forteresse ou un palais arabe. Selon l'endroit d'où on la regarde, elle semble changer complètement d'aspect. Son intérêt vient de son mélange de styles. Commencée au XIIe siècle, elle a été transformée et agrandie pendant plusieurs siècles. L'architecture normande côtoie des influences arabes, gothiques et, plus tard, baroques. Les tours des XIVe et XVe siècles, les façades très travaillées, les arcs, les motifs géométriques et l'immense coupole ajoutée au XVIIIe siècle pourraient donner un ensemble disparate. Pourtant, c'est justement cette accumulation de styles que je trouve exceptionnelle.

Ne pas hésiter à faire le tour de la cathédrale. Il ne faut pas se contenter de sa façade principale : les côtés et l'arrière révèlent d'autres perspectives, d'autres détails et permettent de mieux mesurer les dimensions de l'édifice. De près, le regard s'attarde sur la pierre, les sculptures et les décors, en prenant du recul, c'est tout le bâtiment qui s'impose.

La visite des toits permet de découvrir la cathédrale autrement. On se retrouve au milieu des coupoles et des éléments architecturaux que l'on observait depuis la place, avec Palerme qui s'étend tout autour.

Après un extérieur aussi spectaculaire, l'intérieur m'a semblé très classique. La nef principale, les deux nefs latérales et les tombeaux des rois et empereurs de Sicile présentent évidemment un intérêt historique, mais je n'y ai pas retrouvé ce qui m'avait autant impressionnée dehors.

Cette cathédrale est tellement belle qu'on a envie de la regarder sous tous les angles avant d'entrer. Nous sommes arrivés sur cette place par hasard sans imaginer une seconde y trouver un édifice aussi majestueux.

Infos pratiques

💰L'entrée dans la cathédrale est gratuite, mais l'accès aux toits est payant (7€ par adulte en 2026). La montée permet d'observer de près les coupoles et les différents éléments architecturaux, tout en profitant d'une vue panoramique sur Palerme.

👕 Comme dans la plupart des édifices religieux, une tenue correcte est demandée pour entrer dans la cathédrale. En été, mieux vaut éviter les tenues trop découvertes et prévoir de quoi couvrir les épaules. Si vos épaules sont découvertes, une protection légère est proposée à l’entrée pour environ 1 €. Par précaution, mieux vaut toutefois prévoir son propre foulard ou châle.

🥾 Pour monter sur les toits, privilégiez également de bonnes chaussures : l'accès comporte des escaliers et des passages étroits.

⚠️ 2026 : l’accès aux toits est actuellement perturbé par des travaux et la cathédrale indique que la vente en ligne des billets pour les toits est temporairement suspendue.

Du palais des Normands à Porta Nuova

En poursuivant la promenade vers la Porta Nuova, on arrive au Palais des Normands (Palazzo dei Normanni), qui borde la Piazza Indipendenza. Son architecture massive témoigne d'une histoire particulièrement longue : fortifications antiques, résidence des émirs arabes puis palais des rois normands au XIIe siècle. Il abrite aujourd'hui l'Assemblée régionale sicilienne.

Juste en face, la Villa Bonanno est assez inattendue dans cette partie très monumentale de Palerme. Palmiers, allées ombragées et vestiges archéologiques occupent cet espace situé entre le Palais des Normands et la cathédrale. C'est aussi un endroit agréable pour faire une pause au cours de la visite du centre.

En continuant vers la Porta Nuova, un détail beaucoup plus contemporain attire l'attention. À l'entrée d'une caserne de carabiniers, une plaque rend hommage au général Carlo Alberto Dalla Chiesa, nommé préfet de Palerme pour lutter contre la mafia et assassiné avec son épouse Emanuela Setti Carraro et l'agent Domenico Russo, le 3 septembre 1982.

Ce rappel discret fait aussi partie de Palerme : derrière les palais et les monuments, l'histoire beaucoup plus récente de la lutte contre la mafia reste très présente dans l'espace public.

La mafia et ses crimes

Le No Mafia Memorial, installé dans le Palazzo Gulì, permet de mieux comprendre comment la mafia s'est développée en Sicile et comment son influence a progressivement dépassé le seul cadre criminel.

À travers photographies, documents et témoignages, le parcours revient sur ses origines dans une Sicile rurale marquée par de profondes inégalités, mais aussi sur ses liens avec l'économie, la politique et la société sicilienne. L'intérêt du lieu est justement de dépasser l'image souvent caricaturale de la mafia pour montrer un système beaucoup plus complexe et profondément enraciné.

Plus qu'un musée traditionnel, le No Mafia Memorial est un centre de documentation et de sensibilisation. L'entrée est gratuite, avec la possibilité de soutenir le lieu par un don ou par l'achat de livres.

J'ai trouvé cette visite particulièrement marquante. On connaît tous la mafia sicilienne à travers les films, les livres ou les faits divers, mais les documents présentés ici lui donnent une tout autre réalité. Certaines photographies rappellent très concrètement la violence subie par ceux qui ont combattu ce système. J'en suis sortie avec le sentiment de mieux comprendre à quel point la mafia a pesé — et pèse encore — sur l'histoire récente de la Sicile.

MONREALE : À QUELQUES KILOMÈTRES DE PALERME

Il suffit de s'éloigner d'environ 7 kilomètres de Palerme pour rejoindre Monreale, installée sur les hauteurs qui dominent la capitale sicilienne. Après l'agitation de Palerme, l'arrivée dans cette petite ville donne immédiatement une impression de calme.

Nous avons laissé la voiture dans le grand parking payant situé en contrebas du centre, avant de rejoindre à pied la Piazza Guglielmo. C'est là que se trouve le Duomo de Monreale, mais sa façade ne laisse pas forcément deviner ce qui nous attend à l'intérieur.

Construite à partir de 1174 à la demande du roi normand Guillaume II, la cathédrale Santa Maria Nuova est pourtant l'un des grands témoignages de l'architecture arabo-normande en Sicile. Comme à Palerme, plusieurs influences s'y rencontrent : structure normande, décors d'inspiration arabe et mosaïques byzantines.

LE CLOÎTRE : CE QUE J'AI PRÉFÉRÉ À MONREALE

Avant même l'intérieur de la cathédrale, c'est le cloître qui m'a le plus marquée. Parfaitement carré, avec près de 47 mètres de côté, il est entouré d'arcades reposant sur une succession de colonnes jumelées toutes différentes. Cette diversité donne envie d'en faire lentement le tour. Certaines colonnes sont laissées nues, tandis que d'autres sont couvertes de mosaïques colorées et dorées, composant des motifs géométriques de carrés, d'étoiles, de spirales ou de zigzags. Là encore, les influences chrétiennes et arabes se mélangent sans que l'ensemble paraisse disparate.

Les chapiteaux méritent une attention particulière. Aucun ne semble identique au précédent. Personnages, animaux, végétaux et scènes religieuses apparaissent progressivement lorsqu'on s'approche des colonnes. Il faut vraiment prendre le temps de regarder les détails.

Au centre, le jardin et les palmiers apportent de la lumière et contrastent avec la pierre claire des galeries. Dans un angle, une petite fontaine entourée de colonnes forme encore un décor différent.

C'est un lieu que j'ai trouvé véritablement spectaculaire, mais sans le caractère écrasant de certains monuments religieux. Malgré la richesse des décors, l'ensemble reste très équilibré et lumineux.

Prendre de la hauteur au-dessus du cloître

La visite ne s'arrête pas au cloître. Depuis l'intérieur du Duomo, il est possible de rejoindre les terrasses de la cathédrale, en empruntant les anciens escaliers de pierre aménagés dans la tour sud.

La montée permet d'abord de se retrouver juste au-dessus du cloître. Vu d'en haut, son plan parfaitement carré apparaît beaucoup plus nettement, tout comme la régularité des galeries qui entourent le jardin. Le parcours se poursuit ensuite sur les hauteurs de la cathédrale, à proximité des toits et des absides. On découvre alors certains détails de l'architecture extérieure difficiles à observer depuis le sol.

Le regard dépasse progressivement le complexe religieux pour s'ouvrir sur Monreale et la Conca d'Oro, cette vaste plaine qui descend vers Palerme. Par temps clair, la vue porte jusqu'à Palerme, son golfe et la mer Tyrrhénienne.

L'ascension aux terrasses comporte des escaliers de pierre et des passages assez étroits, mais elle complète parfaitement la visite.

À l'intérieur du Duomo : l'or et la pénombre

L'impression est complètement différente lorsqu'on entre dans la cathédrale. Après la lumière du cloître, l'intérieur paraît beaucoup plus sombre, solennel et chargé.

Trois nefs séparées par des colonnes antiques structurent l'édifice, mais ce sont les mosaïques byzantines qui attirent immédiatement le regard. Réalisées en grande partie à la fin du XIIe siècle, elles couvrent les parties hautes des murs d'une immense surface dorée.

Au-dessus de l'autel, le gigantesque Christ Pantocrator domine l'abside. Son visage sévère et son regard dirigé vers la nef s'imposent dès que l'on pénètre dans l'église. Autour de lui, les mosaïques racontent de nombreux épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

L'ensemble est impressionnant, presque écrasant par sa richesse : accumulation de l'or, hauteur des décors et contraste avec la pénombre de la nef. 

Entre les deux, ma préférence va au cloître : plus lumineux, plus facile à observer et surtout rempli de splendides petits détails.

Infos pratiques

💰 La visite de la cathédrale, du cloître et du balcon surplombant le cloître est payante. Plusieurs options, moins chères, sont disponibles mais je vous conseille de vous offrir l’option la plus complète pour profiter au maximum de la beauté de ce lieu.

👗 Pour rappel, l'entrée est interdite aux personnes vêtues de tenues légères (shorts, jupes courtes, décolletés, débardeurs), mais des blouses sont proposées à la vente pour une somme modique.

En résumé...

🩵🩵🩵🩵 J’ai beaucoup aimé

À Palerme

La cathédrale, sans hésitation : son architecture, son mélange de styles et tous les détails que l'on découvre en en faisant le tour.

Les contrastes de la ville et les changements d'ambiance en quelques rues.

Le No Mafia Memorial, une visite marquante qui permet de mieux comprendre une réalité bien plus complexe que l'image souvent donnée de la mafia.

À Monreale

Le cloître, mon véritable coup de cœur : lumineux, équilibré et surtout rempli de détails à observer.

Les colonnes couvertes de mosaïques et l'incroyable diversité des chapiteaux.

La vue depuis les terrasses, d'abord sur le cloître puis sur la Conca d'Oro et Palerme.

😕 J'ai moins aimé

À Palerme

L'intérieur de la cathédrale, finalement assez classique après un extérieur aussi spectaculaire.

À Monreale

L'intérieur du Duomo est impressionnant, mais l'accumulation de dorures et la pénombre le rendent à mes yeux plus écrasant que le cloître. Ma préférence va nettement à ce dernier.