HERCULANUM - ERCOLANO
Herculanum est beaucoup moins vaste que Pompéi et la visite offre donc moins de diversité. Mais sa taille plus réduite permet aussi de découvrir plus facilement l’intimité de la vie quotidienne romaine : maisons, boutiques, thermes, lieux de culte et espaces publics se succèdent dans un périmètre relativement compact. Elle est aussi beaucoup moins bondée.
Herculanum, 24 octobre 79 apr. J.-C. Baie de Naples
La petite cité balnéaire vit des jours paisibles au pied du Vésuve. Sur une vingtaine d’hectares vivent environ 4 000 habitants. Dans les rues se côtoient modestes maisons d’artisans et de pêcheurs, demeures bourgeoises et luxueuses villas romaines, certaines richement décorées et ouvertes sur la mer.
La baie de Naples est alors un lieu de villégiature très prisé des familles romaines aisées. Pompéi, Herculanum et les autres cités du littoral attirent ceux qui viennent y rechercher le calme, la douceur du climat et les plaisirs de la côte.
Le terrible tremblement de terre qui a frappé la région en 62 apr. J.-C. et a endommagé Herculanum et Pompéi n’est plus qu’un souvenir. Les habitants se sont lancés dans d’importants travaux de reconstruction et Herculanum est en passe d'être totalement réparée. De nouveaux matériaux, notamment la brique recouverte de stuc, ont remplacé les anciennes techniques de construction.
Ce matin du 24 octobre, rien ne laisse présager la catastrophe. Il y a bien eu quelques signes précurseurs : séismes, mort de 600 moutons causée par l'« air vicié » dans les environs de Pompéi, effondrement d’aqueducs, mais sans que cela effraie les habitants car les tremblements de terre sont fréquents en Campanie. Dans les boutiques, les commerçants s’affairent. Sur les étals, figues, mûres, grenades, olives et légumes attirent les passants. Dans les ateliers, les artisans travaillent comme chaque jour. Les rues sont calmes. Peu de circulation. Rien qui ne distingue cette matinée des précédentes.
Puis, soudain, le Vésuve explose.
Un vacarme assourdissant déchire le silence. Le volcan libère une quantité prodigieuse de gaz, de cendres et de pierres ponces. Un immense panache s’élève à plusieurs dizaines de kilomètres dans le ciel avant de retomber sur une partie de la région. À Pompéi, les premières retombées sont immédiates. Herculanum, elle, semble encore épargnée. Le vent pousse d’abord les cendres vers le sud. Mais ce répit ne durera pas.
Le pire arrive dans la nuit.
Des torrents brûlants dévalent les pentes du Vésuve. Chargées de cendres, de fragments de roche et de gaz à plusieurs centaines de degrés, ces nuées ardentes avancent à une vitesse vertigineuse. Elles carbonisent les arbres, embrasent les poutres, détruisent le mobilier et tuent ceux qui n’ont pas pu fuir. Puis une nouvelle vague déferle sur Herculanum.
La ville disparaît.
Les coulées pyroclastiques ensevelissent les rues, les maisons et leurs habitants sous une épaisse masse volcanique. Par endroits, le dépôt atteint 15 à 30 mètres d’épaisseur. En quelques heures, Herculanum est rayée de la surface de la terre. Le 25 octobre 79, l’éruption prend fin. La ville reste prisonnière d’une immense couche de matériaux volcaniques qui, au fil du temps, se transforme en roche.
Et c’est précisément ce qui va faire de cette catastrophe l’un des événements archéologiques les plus extraordinaires de l’Antiquité : le volcan ne s’est pas contenté de détruire la ville. Il l’a aussi exceptionnellement conservée. Bois, tissus, mobilier, aliments et autres matières organiques, normalement voués à disparaître, sont parfois restés piégés dans les dépôts volcaniques.
Près de deux millénaires plus tard, une ville entière allait ainsi refaire surface.
Les victimes d’Herculanum : une catastrophe figée dans le temps
À Herculanum, les archéologues ont mis au jour les restes d’environ 332 victimes, dont près de 300 sous les anciennes voûtes du front de mer, où elles s’étaient probablement réfugiées dans l’espoir d’échapper à l’éruption. Les chairs ont disparu sous l’effet de la chaleur extrême, tandis que les os ont conservé les traces de cette fournaise fulgurante.
Pendant longtemps, on a pensé que les habitants étaient morts étouffés sous les cendres. Les recherches montrent aujourd’hui un autre scénario. Lorsque la première nuée ardente atteint Herculanum, un mélange de gaz brûlants, de cendres et de fragments de roche déferle sur la ville à une température estimée entre 300 et 500 °C.
Les habitants, surpris alors qu’ils tentaient de se réfugier près de la mer, meurent principalement d’un choc thermique provoqué par cette chaleur extrême, contrairement à Pompéi où les corps ont été moulés par les cendres après une asphyxie plus lente. Les squelettes portent encore les traces de cette exposition à des températures très élevées, tandis que de nombreux éléments en bois retrouvés dans les maisons ont été carbonisés. Les déferlantes suivantes, encore plus chaudes, ont parfois carbonisé une partie des corps. Les positions de certains squelettes témoignent également des derniers instants des victimes, laissant penser que la mort n’a pas toujours été instantanée.
Il est difficile de savoir combien d'habitants ont réussi à fuir. Aucun bateau n'a été découvert sous les voûtes du rivage, ce qui laisse penser qu'une partie de la population a peut-être quitté la ville avant l'arrivée des nuées ardentes.
Le Vésuve : un volcan toujours sous surveillance
Après l'éruption de 79 apr. J.-C., le Vésuve a connu de nombreuses phases d'activité, alternant avec des périodes de repos. Des éruptions et des coulées de lave sont attestées entre le VIIIᵉ et le XIIᵉ siècle. Le volcan entre ensuite dans une longue période de sommeil de près de cinq siècles, au point que ses pentes se couvrent à nouveau de jardins, d’arbustes et de vignobles. Même l'intérieur du cratère se peuple progressivement de végétation.
Une nouvelle phase d’activité débute en 1631 et se poursuit jusqu’à la dernière éruption, en 1944. Depuis, le Vésuve est endormi… mais pas éteint.
Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des volcans les plus dangereux au monde. Contrairement aux volcans qui produisent principalement des coulées de lave, le Vésuve est un volcan explosif. Il peut générer des nuées ardentes, capables de dévaler les pentes à très grande vitesse en détruisant tout sur leur passage comme ce fut le cas en 79.
Sa dangerosité tient également à son environnement : plus de trois millions de personnes vivent dans la région napolitaine, dont une importante partie à proximité du volcan. Malgré une surveillance scientifique permanente, les volcanologues considèrent qu'une reprise d'activité reste possible et qu'une évacuation massive de la population constituerait un défi majeur.
Extension du site impossible
Lors de l’éruption du Vésuve en 79, la cité disparaît sous une épaisse couche de matériaux volcaniques qui se solidifient au fil du temps. Des siècles plus tard, une nouvelle ville se développe directement au-dessus de l’antique Herculanum. À partir du Moyen Âge, le nouveau village apparaît dans les documents sous le nom de Resina. Ce nom restera celui de la ville pendant près d’un millénaire, jusqu’à son changement officiel en Ercolano en 1969.
Cette superposition explique une particularité du site archéologique : contrairement à Pompéi, il est impossible de dégager Herculanum dans son ensemble sans toucher aux constructions de la ville moderne. Pour poursuivre les fouilles, il faudrait donc détruire une partie de la ville actuelle.
Resina devient Ercolano
Le changement de nom trouve son origine dans une initiative lancée dans les années 1960 par Alfonso Negro, médecin, ancien footballeur international italien et alors adjoint chargé du tourisme et des sports. Il défend l’idée de rendre à la ville le nom d’Ercolano, afin de renouer clairement avec l’antique Herculanum enfouie sous ses rues.
Selon lui, le nom de Resina ne permettait pas aux visiteurs de faire immédiatement le rapprochement avec le prestigieux site archéologique. À mesure que les fouilles révélaient l’importance exceptionnelle d’Herculanum, cette différence devenait particulièrement visible, notamment pour les touristes arrivant par la gare de la Circumvesuviana, qui portait encore le nom de Resina.
La proposition est approuvée par le conseil municipal en 1967. Deux ans plus tard, le changement devient officiel : en 1969, Resina reprend ainsi le nom d’Ercolano, en référence à la cité antique.
LA CITÉ ANTIQUE
Plus petite et plus compacte que Pompéi, Herculanum offre un état de conservation exceptionnel. Ici, le visiteur découvre des maisons dont certains étages sont encore debout, des poutres en bois carbonisées, des portes, du mobilier, ainsi que des fresques et des mosaïques dont les couleurs ont parfois remarquablement résisté au temps.
Le premier contact avec le site est assez surprenant. Les ruines se trouvent au fond d’une immense excavation, cernée de toutes parts par les immeubles d’Ercolano. La ville moderne semble littéralement envelopper la cité antique.
Herculanum est beaucoup moins vaste que Pompéi et la visite offre donc moins de diversité. Mais sa taille plus réduite permet aussi de découvrir plus facilement l’intimité de la vie quotidienne romaine : maisons, boutiques, thermes, lieux de culte et espaces publics se succèdent dans un périmètre relativement compact. C'est aussi un site touristique beaucoup moins bondé.
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